Débat : L’école est-elle encore un ascenseur social ?

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Débat : L’école est-elle encore un ascenseur social ?

Message non lu par lesocial » 04 déc. 2019 09:34

L’école est en crise. Encore ? Toujours ? Cette affirmation semble accompagner en permanence l’évolution du système éducatif, et il ne fait aucun doute que, dans la société française d’aujourd’hui, son image est fortement dégradée : l’école reproduirait les inégalités, transmettrait des savoirs obsolètes,

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Po3m
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Re: Débat : L’école est-elle encore un ascenseur social ?

Message non lu par Po3m » 05 déc. 2019 11:27

Bonjour,
Ce que j'en pense : c'est le projet qui compte (ou "des projets") et à travers ceux-ci : apprendre à apprendre.
Donc, s'outiller, développer ses compétences. Mais aussi, apprendre à (mieux) se connaître.
Mettre l'accent sur la coopération (avec les autres) et coordination (des talents) parce que seul on ne va pas loin, donc apprendre à s'entourer.
Il y a aussi un gros travail à faire sur l'acceptation des différences et donner à comprendre que ce sont les échecs qui forgent une réussite.
Mais surtout resituer le concept et principe même de réussite. Tu n'as pas d'un côté les premiers et de l'autre les derniers.
Tu n'as pas les gagnants et les perdants.

La question de l'ascenseur social grâce à l'école ou non est un faux débat.
Pour nombre de domaines (scientifiques, médicaux, ...) le diplôme est une obligation, les études inévitables. Mais il ne faut pas laisser à penser ou s'imaginer que c'est cela la réussite. Bien sûr à part, par exemple, vouloir être chirurgien à tout prix mais mauvais pour étudier, à un moment il faut revenir sur terre et se rendre à l'évidence Certes. Mais il ne s'agit pas de cela en définitif. Parce que la vie ne s'arrête pas à ça. Et parce que, à un moment de ta vie, tu peux très bien être mauvais (pour bien des raisons, personnelles, familiales, ou autre...) pour étudier ou pour être bien dans ta tête pour ce faire... ce qui ne signifie pas que c'est définitif...

La véritable question est :

- Est-il normal de se "sentir mal" à l'école ? Le mal être (scolaire)... voilà une piste à explorer... et sans ironie : le Burn-out scolaire.

Pour ma part, très sincèrement, j'ai du fuir le lycée (après examen en poche et j'étais dans les 3 premiers alors) mais j'ai du fuir quand même (harcèlement devenu insupportable). C'est normal, ça ?

Il y a des élèves, vers 13/14 ans, ils savent déjà ce qu'ils veulent dans la vie. Pour ma part j'en faisais partie et je dirais que je savais ce que je voulais vers l'âge de 9 ans si je pousse un peu plus loin. Donc imaginez, moi on m'a orienté "sans laisser de choix" (par défaut) pour d'abord des études dans le tertiaire, bureautique et comptabilité. Enfin, au début c'était dans le sanitaire mais j'ai changé en cours d'année (moi infirmier ? J'aurais passé mon temps dans l'armoire à balais hummm hummmm) ah ah (oupsss) bon passer du côté du bureautique m'aura (au moins) appris à taper sur clavier avec mes dix doigts, très tôt dans la vie. Dès l'âge de 16 ans je voyais le bilan comptable, les comptes de résultat, enfin ce qui faisait partie de la gestion d'une entreprise, sans parler du secrétariat qui en faisait partie. Dbase, excel, word, etc... etc... moi à côté je programmais sous Qbasic ah ah toute une époque !

Je ne peux pas dire avec le recul que ce ne fut pas utile, mais c'était rude (aux antipodes de mes aspirations d'alors). L'année précédente, à 15 ans donc, j'ai essayé d'entrer aux beaux arts (18 ans minimum officiellement car il y a des modèles nus qui viennent poser, entre autres) je n'ai pas réussi à obtenir de dérogation malgré le soutien de ma prof d'arts plastiques. Donc, très rude (avec le recul je n'étais de toute façon pas prêt, puis ce n'est plus un parcours indispensable de nos jours, la donne à changé... j'ai depuis acquis les bases d'une formation académique et j'ai appris... à apprendre). Je dirai même que j'ai d'abord du désapprendre (me dévêtir totalement, me mettre à nu). Dépasser les mondes des apparences...

Toujours est-il, à 16 je me faisais chier comme un rat mort et je baillais à l'école. Puis l'environnement ne m'allait plus, j'y devenais parano car trop agressé (au final à force tu deviens vraiment parano quand ton environnement est trop hostile : c'est une défense naturelle, parlez en à un psy).

A l'âge de 18 ans quand j'ai pris les jambes à mon cou : avec la meilleure moyenne de ma classe lors des examens... j'étais intérieurement démoli. Et quand je dis démoli... c'est un euphémisme... j'étais cassé... ma personnalité complète était à reconstruire. J'ai embrayé au CNED, par correspondance, mais sans motivation car j'étais "contraint" de rester dans le tertiaire sinon mes parents ne pouvaient plus toucher les allocs (c'est vraiment absurde et débile, mais vrai : je n'avais pas le choix du domaine dans lequel je voulais être et vous imaginez bien que j'aspirais à des choses plus créatives qui me correspondaient mieux). Même par correspondance, je me faisais chier comme un rat mort. A 19 ans : premier gros craquage dans ma vie. J'ai lâché totalement le dessin... pensant environ 5 ans. Je ne savais pas ce qui se passait à l'époque, je ne réalisais pas qu'en réalité, je me trouvais en profonde dépression. Mes parents ne réalisaient pas non plus. BREF ! Entre temps, j'ai mené des actions, mais je me suis heurté surtout aux limites propres à notre société, je me suis heurté aux limites structurelles. Je n'entrais nulle part, dans aucune case. Paradoxal car je suis sensé savoir raconter une histoire : dans des cases... de bd (entre autres)... il est même arrivé un temps où l'on a dit qu'il me manquait une case. Non mais un gars comme moi qui a autant d'humour : est il réellement fou ? (rires). Déjanté, assurément.

Je ne prends pas mon cas pour une généralité, mais le malaise actuel en société ne m'étonne guère. Je suis un peu le produit de ce malaise, moi et tant d'autres... et non... nous ne sommes pas fous. Et pour ma part, j'étudie encore et malgré les périodes difficiles, j'aspire à m'améliorer.

L'école, pour moi, fut une réelle perte de temps. J'ai appris et comblé quelques lacunes : après... lorsque j'étais plus libre d'apprendre des choses qui répondaient à mes besoins, à mes projets.

C'est ce pourquoi l'école doit fonctionner "pour des projets", inscrire la théorie dans de la pratique, dans l'utilité.

Mais l’ascenseur social, c'est quoi ? Si ça consiste à être "bon élève" docile et bon soldat pour un système donné, non merci.
On le sait déjà, pour "réussir" socialement parlant tu n'as pas besoin d'innover, de créer, il te suffit d'être un bon exécutant.
Un expert-comptable, par exemple, c'est un bon exécutant. Il a le sentiment de ne pas avoir volé sa place, et c'est normal, il a étudié pour et étudie en continu, il a une belle baraque, plusieurs voitures, une femme, des enfants, une ou deux maîtresses, un grand jardin, un chien... pour lui, c'est sa vie, sa vérité. Il n'a pas volé son DESS (master), il en a même chié pour ça à vrai dire et pas dormi beaucoup pour l'obtenir, mais... c'est un mouton au fond. Il bêle pour un système et prie pour que ça ne s'écroule pas, parce qu'il en dépend, c'est un bon petit soldat. Une tête bien pleine.
Ce n'est pas ma vision.

Désolé, j'ai l'air de juger mais chacun mène la vie qu'il entend.
Je veux juste dire que pour moi ce type de fonction ne reflète pas forcément une réussite.
Je n'ai rien contre, sincèrement. Puis tu apprends des tas de choses, de la part d'un expert-comptable. Dans le milieu des entreprises, c'est une mine d'or... tu vois, moi aussi je peux parfois dire des conneries.

L'école n'est pas un modèle de réussite.

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Re: Débat : L’école est-elle encore un ascenseur social ?

Message non lu par Po3m » 05 déc. 2019 13:16

Pour résumer positivement (car bon quoi qu'on en dise l'école est à améliorer) :

- Le mieux vivre, le mieux être à l'école.

- L'estime de soi, l'estime des autres.

- Le savoir vivre ensemble.

- La confiance, confiance en soi, confiance aux autres.

Mais "les autres", c'est qui ? C'est quoi ? La "relation à l'autre".

- La communication (mieux communiquer, les dangers, pièges à éviter) ça en passe par internet également.

- Resituer le principe même de réussite/échec.

(Apprendre aux profs que ce n'est pas en disant "tu ne feras jamais rien de bon dans la vie" que ça sera pour autant plus productif).

Aujourd'hui, pour les jeunes internet c'est quoi ? Les réseaux sociaux ?
Difficile d'en réchapper. Donner à comprendre que le réseautage n'est pas l'unique voie pour la réussite et l'épanouissement (ça en fait partie mais remettre en question ce principe même de "briller par le réseau").

Sur le web, c'est un individu 2.0 qui a son avatar, qui véhicule une image (qu'on le veuille ou non, l'individu devient "une entreprise" et fonctionne relativement comme une entreprise) cela ajoute bien sûr une pression supplémentaire, le besoin de se montrer performant et conforme, le besoin d'être un modèle, pour certains un modèle à suivre.

Un peu comme une américanisation de notre société (pourtant engluée encore dans "une vieille France" dans le monde des entreprises on ne jure que par le diplome + cv encore très, trop largement plutôt que de miser sur les potentiels et développement des compétences au long court).

Complexe car les modèles sociétaux actuels sont en train d'exploser et de nombreux secteurs se transforment (exemple : les caisses sont automatisées, les caissiers/ères sont amenés à disparaître) les métiers évoluent, l'accès aux spécialisations aussi.

Il y a de la place pour répondre à des services dans de très nombreux domaines sans forcément passer par le diplôme, même si l'expérience est nécessaire. Encore de la place (plus que jamais même) pour les autodidactes dans la mesure où si tu as échoué ta scolarité (c'est mon cas), tu peux te former par divers moyens : en ligne, en intégrant un atelier, en développant un réseau qui peut donner accès à des stages/formations/agences, en créant une association, des initiatives citoyennes qui sont toujours appréciées, etc... etc...

D'un point de vue scolaire, il faut aussi encourager l'initiative personnelle.
L'école écrase encore trop les personnalités et cette problématique est là même que lorsque vous vous trouvez en situation de précarité (personnalité écrasée) au contraire il faut composer avec la nature des uns et des autres et ne pas faire entrer les élèves dans des modèles trop exigus, les archétypes c'est bien mais il faut savoir en sortir.

Il y aura toujours des meneurs et des suiveurs (et des électrons libres, comme moi), il faut être dans un savoir être ensemble pour mieux savoir faire ensemble.
Tu ne peux pas prendre sans donner, à quelque niveau que ce soit. Plus tu as, plus tu es responsable. C'est naturel, ça va de soi. Ce n'est pas celui qui n'a rien qui te vole quoi que ce soit. Et si je parle avoir, c'est volontaire parce que nous sommes dans une société de propriétés, d'avoir.

Bon je commence à dériver donc je vais m'arrêter là.
Si on doit réinventer l'école, on doit le faire tous ensemble.

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