Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

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Gael
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Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par Gael » 23 janv. 2020 12:08

Bonjour à tous,

Ma situation fera peut-être écho avec ce que d'autres ont vécu...

Je vous expose les faits :

Je suis un homme qui exerce actuellement auprès d'ados en foyer. A la fin de l'été 2018, une jeune d'une quinzaine d'années m'a accusé d'avoir eu des rapports sexuels avec une autre mineur âgée de 17 ans qui nous était confiée. Cette autre mineur avec laquelle j'aurai eu ces fameux rapports étant revenue depuis peu au domicile familial, personne ne lui a laissé la parole pour exprimer ce qu'elle avait à dire quant à ces accusations graves.

La jeune qui a porté ces accusations l'a fait de manière consciente dans le simple but de nuire d'ailleurs elle l'a clairement explicité.

Le plus grave étant que, un certain nombre de mes collègues éducatrices(eurs) sont entrés dans le jeu de cette gamine et se sont retournés contre moi. Ça commence par des petites réunions secrètes et informelles, ça en parle beaucoup un peu partout en exagérant les faits : Il existerait une photo de moi en sous vêtements avec la jeune fille en question (...). Bref, ça prend des proportions pas possibles et moi, je suis confiné au silence et je commence à ne plus dormir, ne plus manger, je suis obsédé par toutes ces personnes qui, tout à coup se mettent à me considérer comme un fou dangereux, un "pointeur" comme les jeunes disent. Je commence à prendre des médicaments tous les jours, d'abord des somnifères...Puis ça ne fonctionne plus alors c'est l'escalade.

Je finis par être reçu par la direction. Là c'est le choc : On me dit entre les lignes que tout est de ma faute, que je n'avais qu'à savoir me protéger moi-même. Il a été dit en réunion de cadres que je suis "un beau mec avec des tatouages qui plaît aux filles" et que je devais m'attendre à avoir ce genre de problèmes. Pendant ce temps là, les adultes qui racontent des saloperies sur mon compte ne sont jamais reçus en entretiens, ne reçoivent jamais de sanctions et on me laisse seul contre tous dans ma souffrance.

Mais j'ai la peau dure alors je décide de remonter la pente et de faire comme si de rien n'était, nous sommes alors en décembre 2018. Pendant plusieurs mois, je fais au quotidien avec une gamine qui continue de raconter des horreurs à mon sujet dans l'indifférence générale, je fais avec ces collègues qui refusent de me dire bonjour voir même d'entrer dans la même pièce que moi. Je vais au travail, mais je ne dors presque plus, je développe des problèmes de santé divers comme des maladies de la peau, des réactions allergiques improbables, des soucis de respiration, des douleurs au cœur quasi permanentes, etc...

Puis à l'été 2019 je décide d'organiser un camp de vacances. J'en suis le responsable, ce n'était pas la première fois. Mais à nouveau le coup de massue tombe : La direction m'oblige à prendre dans mes effectifs la jeune en question qui avait portée ces accusations graves à mon égard. On me laisse sous entendre devant tout le monde au cours d'une réunion que "libre à moi d'abandonner et de refiler le fruit de mon travail au premier venu". On pique ma fierté, alors je pars en camp avec cette jeune. Le séjour est une catastrophe, je me fais insulter en permanence, elle remet sur la table ces horreurs devant tous les autres jeunes mais je garde mon calme et ne réagis pas au grand étonnement de tous. J'en fais seulement un rapport à ma direction.

Mais à mon retour de vacances, je suis manu militari convoqué en entretien par mon N+2, directeur : J'en prends plein la tête : Quel est mon problème avec cette gamine ? Pourquoi je n'arrive pas à travailler avec elle etc etc. La violence ne s'arrête pas là : J'avais négocié une prime qualifiée de prime de mobilité au moment de mon embauche, cette prime m'est immédiatement retirée (170€ bruts) sous prétexte que je refuse de partir travailler à l'autre bout du département après toutes ces histoires.
Mais qui accepterait de partir quand on vous motive en vous disant "Ça vous ferait du bien de travailler avec des gens qui ne vous connaissent pas!"

Comment étais-je sensé prendre cette déclaration ? Un ami proche du patron m'apprendra quelques jours plus tard qu'il a voulu faire un exemple parce que je l'ouvrais trop. J'ai trop cherché à me défendre pendant toute la durée de cet enfer, j'ai trop dit les choses et que c'est pour cela qu'il m'a retiré cette fameuse prime. Evidemment tout ça n'arrange en rien mon état psychologique qui est alors catastrophique.

Je finis à bout de forces par demander une rupture conventionnelle qui m'est évidemment refusée car "Je n'ai qu'à démissionner si je veux partir".

Aujourd'hui, je suis en arrêt de travail pour dépression depuis la mi décembre. Je suis chargé d'anxiolytiques et d'AD dans un cocktail de somnifères. Je fais des crises d'angoisse carabinées et je vous passe les autres détails. C'est un enfer dans lequel je suis pris au piège, ne pouvant démissionner car sous crédit immobilier, j'ai besoin de mes allocations chômage pour faire autre chose, changer de vie, de formation car le métier m'a tué, presque dans tous les sens du terme car je pense de plus en plus souvent à en finir pour ne plus avoir de compte à rendre à ce monde d'ordures.

Le pire dans tout ça, c'est l'indifférence générale, le caractère banal qu'on donne au mal que les gens se font entre eux. Finalement ce métier que j'aime depuis des années aura eu raison de moi, surtout les adultes qui y opèrent. Sachez dans tout ça que je ne dis pas tout, vous avez seulement les grandes lignes, j'avais besoin de le dire car je ne sais plus du tout quoi faire. :|

baleste
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par baleste » 23 janv. 2020 17:06

Bonjour,

Ton témoignage est bouleversant, c'est vrai.

On a du mal à comprendre les gens qui fonctionnent en ayant besoin de piétiner les autres.
Pour avoir vécu un peu la même chose avec des gens sans formation, stupides et incultes j'ai cru comprendre qu'il n'y avait qu'une manière de se défendre : c'est d'attaquer.

Ne tends pas ton dos pour t'y faire cogner dessus mais dis ceci "le prochain qui ose m'accuser de quoi que ce soit, c'est le tribunal !"
Au lieu de consulter des psys qui "resteront dans l'attente bienveillante" va plutot dépenser tes sous chez un avocat spécialisé en droit du travail... ou aussi vois un syndicat.
Te direction n'a jamais eu de problème avec tel ou tel syndicat ? Il n'y aurait pas un petit procés au prudhommes, contre un salarié, perdu quelque part ? Meme depuis longtemp ??, Va auprès du syndicat qui aurait protégé ce salarié...
Quand à la petite gueuse qui a déjà de telles méthodes en tête d'où vient-elle ? en a-t-elle pour longtemps dans ce centre ?

Anticipes une déflagration du genre tu te retrouves entre deux gendarmes parce que elle poserait plainte ?!?!? si, toi tu aller déposer plainte le premier ?!?!? Ce serait sûrement mieux !?!?!? non ?????

Enfin, bon, c'est juste quelques mots comme ça ...
En tout cas, ne reste pas seul. Je te trouve bien isolé...

Gael
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par Gael » 23 janv. 2020 18:28

Tout d'abord, je te remercie pour ton message. En vérité, un des plus gros chocs que j'ai eu dans toute cette triste histoire c'est le moment où j'ai réalisé qu'aucune personne dans mon entourage professionnel n'est venue me voir en me disant "Moi je crois en toi, j'ai confiance en toi, je sais que c'est pas vrai". Non, au lieu de ça, tout le monde en a parlé comme si c'était un sujet de potin excitant, sans comprendre à quel point tout ça me foutait en l'air. Cette gamine a récemment accusé un veilleur de nuit d'avoir abusé sexuellement de ses propres filles, devant tout le monde...Je suis parti en arrêt pour ma dépression, je n'ai pas vu la suite...Mais dans mon cas, elle n'a même pas été reçue pour son manquement au respect.

J'ai essuyé des mots comme violeur, sale fils de pute etc et c'est moi qui ai été convoqué et sanctionné, humilié.

Tout ça c'était il y a plus d'un an. Sur le coup j'ai été étourdi par la violence de la chose, je n'ai pas pu réagir, mais mon corps l'a fait à ma place. J'ai pensé moult fois à porter plainte mais étant déjà dans une situation très inconfortable, je me serai dynamité moi-même. Dans ces situations là, les institutions exigent le silence et le repli sur soi de peur d'être éclaboussées par des scandales. J'étais fragilisé alors je n'ai rien fait du tout.

Aujourd'hui, je suis furieux et malade spirituellement, je rêve d'un boulot à l'usine avec le moins d'interactions humaines possibles...Mais je ne me vois pas du tout travailler pour le moment,j'ai l'impression d'être devenu fou. La boîte où je suis, être copain avec les chefs et la direction, se saouler avec ces gens c'est la solution pour être bien vu. Quand on n'est pas comme ça, on est sitôt marginalisés et mis de côté.

On m'a même déjà envoyé régler des dettes de drogue pour un jeune avec de l'argent liquide dans la rue face à un dealer armé et menaçant de mort. Mais ça c'est normal pour eux...

baleste
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par baleste » 24 janv. 2020 10:54

Bonjour,

Effectivement, ce n'est pas facile et tout ce que tu dis me laisse perplexe.

J'ai toujours vu des institutions disfonctionner mais là c'est grave... (le coup de règler les dettes d'un petit crétin de la maison me laisse pantois...)

Là, je pense que tu les tiens. On ne se conduit pas comme cela, quoi qu'il arrive.

J'aimerais bien connaître les qualifications de ton encadrement.. Je pense qu'ils n'en n'ont aucun et qu'ils sont là parce que personne ne veut de la place.
le tur-over (en éduc) est-il important ?

Je ne peux que te redire : ne reste pas seul !!!
Tu reprends ton souffle quand ils te proposeront de partir et tu exiges (si cela peut te convenir, bien sûr) des dédommagements sinon tu vas à la gendarmerie ... (sont-ils de mèche avec les dealers pour casquer ainsi du pognon en liquide... et sur quel budget cette somme est-elle imputée???... comment est tenu leur compta ??? autant de questions qui interresseraient les organismes de tutelle)

Gael
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par Gael » 26 janv. 2020 09:48

D'après mon expérience, dans ce genre de boîte il peut se passer n'importe quoi, tout est toujours dissimulé et les gens n'hésitent pas à mentir pour couvrir leurs arrières. Ce qui veut dire en somme que peu importe ce que je pourrais raconter de ce que j'ai vécu, vu ou entendu : Jamais je ne serai écouté car hiérarchiquement, ils feront tous bloc pour mentir en disant que le problème vient de moi. C'est le genre d'endroit ou on n'hésite pas à discréditer une personne pour sauver l'honneur, quitte à foute sa vie en l'air.

Car c'est bien de ça dont il s'agit, certaines personnes ont volontairement essayé de foutre ma vie en l'air en prenant les armes contre moi de manière totalement arbitraire quitte à raconter des trucs hallucinants de connerie (Cf la photo de la jeune et moi en sous vêtements par exemple...).

Pour ce qui est de la compta, évidemment tout ça passe par la case "magouilles et Cies" et ça a dû être imputé à un mouvement d'argent fantôme tel qu'une avance d'argent de poche ou autre. Je connais les manip' maintenant.

Parler de ma "vie" sur un forum actif de pros en tous genres n'est vraiment pas dans mes habitudes, mais encore une fois, le sentiment de solitude et le vide juridique qui existe pour me tirer de là ma pousserait presque à des extrêmes. Parler à un avocat du travail je veux bien, il m'orientera sûrement vers un juge des prud'hommes d'ailleurs, mais ils ne gardent trace de rien, ce sera ma parole à moi seul, pauvre éduc dépressif contre une armée de personnes qui diront que je suis devenu fou. Ils me poussent à démission alors qu'ils savent pertinemment que je ne peux pas me le permettre.

Et pour répondre à ta question : Oui le turn over d'educs est assez important, d'ailleurs je n'ai jamais vu ça ailleurs. Il y a eu pas mal de ruptures conventionnelles qui ont été acceptées voir proposées, mais dans le cas d'éducs qui apparemment brutalisaient des gamins (chose que je n'ai jamais vue personnellement).

gina
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par gina » 05 févr. 2020 14:44

bonjour Gaël,
il y a plusieurs années que je ne suis pas venue sur ce site et je lis les conseils de Baleste, une fois de plus qui sont totalement judicieux.
Je vous suggère effectivement de déposer une plainte contre la jeune fille pour dénonciation calomnieuse. Ce n'est pas un avocat du travail que vous devez aller voir mais un, qui pourra vérifier la définition exacte de ce qui se passe et vous accompagner dans une plainte.
Ensuite le paiement à des dealers pour être tranquille doit effectivement être dénoncé. Officiellement c'est mieux en donnant le nom du ou de la jeune pour qui vous avez dû payer la dette. Sur de telles pratiques, il y aura une enquête.
Pour l'instant restez en arrêt maladie.
Dans ces dysfonctionnements massifs, et il y en a de plus en plus, il est nécessaire de trouver un bouc émissaire aux problèmes. On a compris que vous êtes à cette place là.
Courage
Gina

Gael
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par Gael » 10 févr. 2020 10:54

Merci pour votre réponse Gina.

J'ai été reçu par la médecine du travail, à ma grand surprise ils ont décidé sans équivoque qu'il ne fallait pas que je reprenne le travail et que je devais aller consulter de toute urgence pour une expertise en psy car ils ont jugé que j'étais dans un état assez déplorable. J'ai donc déjà eu un premier rdv et un autre qui arrive ces prochains jours.

Dans toute cette histoire j'ai encore le sentiment de culpabilité de ne pas avoir tenu le coup et reste marqué par le fait qu'on a depuis le début essayé de me faire croire que tout les problèmes venaient de moi. Je ne sais même pas si j'arriverai un jour à penser le contraire.

gina
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Re: Souffrance et harcèlement au travail, comment en sortir ?

Message non lu par gina » 14 févr. 2020 11:37

Bonjour Gaël,
je comprends ce sentiment de culpabilité. Il faudra du temps, un peu de distanciation pour comprendre les dysfonctionnements de l'établissement et repérer comment vous êtes pris dans un système. Même en ayant beaucoup de connaissances sur ces fonctionnements, quand on est dedans c'est difficile de voir les coups arriver. Avec le temps vous en serez extrait et vous comprendrez mieux. C'est ce qui vous aidera à cesser de culpabiliser.
Bon courage
Gina

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