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Du confinement à la carotte...

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Po3m
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Re: Du confinement à la carotte...

Message non lu par Po3m » 31 oct. 2025 21:23

Decouvert.jpg
Decouvert.jpg (48.56 Kio) Consulté 1371 fois
Alors, je ne le suis pas. Enfin, pas encore. Ca va je n'ai pas d'argent de côté, j'ai deux francs six sous (et je vous emmerde !) ne le prenez pas pour vous, c'est rhétorique comme on dit.

Enfin, tu crois qu'un pays ça s'expulse de son logement ?

Po3m
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Re: Du confinement à la carotte...

Message non lu par Po3m » 05 nov. 2025 23:01

Enrayer la pauvreté : une question de volonté plus que de moyens

Combien faudrait-il redistribuer pour effacer la pauvreté ?

1. C’est quoi la “richesse” par habitant en France ?

On peut regarder deux choses différentes :

Le flux : le niveau de vie / revenu disponible (ce qui rentre chaque mois, après impôts et prestations).
Le stock : le patrimoine (logement, épargne, actions… moins les dettes).

Revenu moyen / médian

En 2022, le niveau de vie médian (par “unité de consommation”) est autour de 2 028 € / mois en France.
Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242355

→ En gros, la moitié des gens sont en dessous, la moitié au-dessus.

Le seuil de pauvreté (60 % de ce médian) est à 1 288 € / mois pour une personne seule en 2023.
Source : https://www.inegalites.fr/A-quels-nivea ... -en-France

En 2023, 15,4 % de la population, soit ≈ 9,8 millions de personnes, vivent sous ce seuil.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html

Le revenu moyen est plus élevé que le médian (tiré vers le haut par les hauts revenus), mais ce qui parle le mieux pour “le Français typique”, c’est le médian ≈ 2 000 €/mois.

Patrimoine moyen / médian

La richesse nationale nette (patrimoine de tous les secteurs) est d’environ 18 674 milliards d’euros fin 2023.
Sources :
https://www.banque-france.fr/fr/publica ... du-foncier

https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html

Avec ≈ 68,4 millions d’habitants au 1ᵉʳ janvier 2024, ça fait environ 273 000 € de patrimoine net par habitant en moyenne.
Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/7750004

Mais cette moyenne est trompeuse, parce que la distribution est très inégale :

• La moitié des ménages ont un patrimoine brut > 177 200 €, et cette moitié détient 92 % du patrimoine brut total.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6689022

https://www.vie-publique.fr/en-bref/288 ... des-avoirs

• Le patrimoine médian net (ou brut) par ménage est autour de 180 000 €.
Source : https://www.inegalites.fr/A-partir-de-q ... on-fortune

• Les 10 % les plus riches possèdent plus de la moitié du patrimoine national (≈ 54 %).
Sources :
https://www.latribune.fr/economie/franc ... 91749.html

https://www.leparisien.fr/economie/en-f ... CTULPQ.php

Donc :
➡️ Moyenne très élevée (≈ 273 k€/hab), mais médians bien plus bas et une énorme part du gâteau concentrée en haut.

2. Qui sont les “pauvres” et qui sont les “riches” dans les chiffres ?

En bas : pauvreté monétaire

Pauvres (au sens officiel) = niveau de vie < 1 288 €/mois (60 % du médian).
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5759045

https://www.inegalites.fr/A-quels-nivea ... -en-France

Environ 9,8 millions de personnes, soit 15,4 % de la population.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html

Le rapport revenu moyen des 20 % les plus riches / 20 % les plus pauvres est 4,5.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

https://www.lemonde.fr/en/france/articl ... 177_7.html

👉 Les 20 % du haut gagnent en moyenne 4,5 fois les 20 % du bas.

Le coefficient de Gini (inégalités de revenu) est autour de 30 %, ce qui est modéré pour l’OCDE, mais les inégalités de patrimoine, elles, sont beaucoup plus fortes.
Sources :
https://tradingeconomics.com/france/gin ... -data.html

https://data.worldbank.org/indicator/SI ... cations=FR

En haut : qui est considéré comme “riche” ?

L’Observatoire des inégalités fixe un seuil de “richesse” à 3 860 € / mois après impôts pour une personne seule (≈ 2× le médian).
Sources :
https://www.inegalites.fr/A-quel-niveau ... de-famille

https://www.banquedesterritoires.fr/obs ... les-riches

https://www.leparisien.fr/economie/votr ... CXTEXE.php

Cela représente environ 4,7 millions de “riches”, soit 7,4 % de la population.

3. Combien faudrait-il redistribuer pour “effacer” la pauvreté monétaire ?

On fait un exercice très simplifié, purement arithmétique, sans tenir compte des comportements, de la fraude ou des effets macroéconomiques.

Objectif :
Faire en sorte que personne ne soit sous le seuil de pauvreté,
→ que tout le monde ait au moins 1 288 €/mois.

On sait que :
• Nombre de personnes pauvres : ≈ 9,8 millions.
Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

• Seuil : 1 288 €/mois.
Sources :
https://www.inegalites.fr/A-quels-nivea ... -en-France

https://www.insee.fr/fr/statistiques/5759045

On doit estimer le manque moyen par personne pauvre.
Selon l’Insee, « la moitié des personnes pauvres ont un niveau de vie inférieur à 1 041 €/mois », pour un seuil fixé à 1 288 €/mois en 2023.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/3564980

https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

Ainsi, on peut estimer le niveau de vie moyen des personnes pauvres autour de 1 040 €/mois.

NB : ce chiffre inclut bien les personnes vivant du RSA, de minima sociaux, ou sans revenus réguliers. Les foyers sans emploi ni ressources stables, souvent sous 800 €/mois, sont comptés dans cette moyenne Insee, qui agrège l’ensemble des 9,8 millions de personnes en situation de pauvreté monétaire.

➡️ Manque moyen ≈ 1 288 – 1 040 = 248 €/mois par personne.

Montant total à verser :
• Par mois : 248 € × 9,8 millions ≈ 2,43 milliards €/mois
• Par an : ≈ 29,2 milliards €/an

Cela représente environ 1,5 % du revenu disponible total des ménages, qui tourne autour de 1 900 milliards €/an (≈ 472 Md€/trimestre en 2025).
Sources :
https://fr.tradingeconomics.com/france/ ... nal-income

https://www.insee.fr/en/statistiques/2405582

Donc, mathématiquement, effacer la pauvreté monétaire représenterait de l’ordre de :
🔹 1,5 % du revenu disponible des ménages
🔹 ≈ 29 milliards €/an de transferts supplémentaires.

4. Combien ça représente pour “les riches” ?

4.1. Si on finance ça via le patrimoine des 10 % les plus riches
Richesse nationale nette : 18 674 Md€.
Sources :
https://www.banque-france.fr/fr/publica ... du-foncier

https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html

Part des 10 % les plus riches ≈ 54 % → ≈ 10 100 Md€.
Source : https://www.latribune.fr/economie/franc ... 91749.html

Montant nécessaire :29 Md€/an.
→ Soit 0,29 % du patrimoine des 10 % les plus riches.
Un ménage avec 1 000 000 € de patrimoine net contribuerait d’environ 2 900 €/an.

4.2. Si on finance ça uniquement via le revenu des 10 % les plus riches
• ≈ 6,8 millions de personnes.
• 29 Md€/an / 6,8 M = 4 265 €/an par personne.
→ Environ 7 % de leur revenu annuel moyen (~60 000 €/an).

4.3. Si on tapait uniquement sur le top 1 %
• ≈ 680 000 personnes.
• 29 Md€/an / 0,68 M ≈ 42 600 €/an par personne.
→ Un effort équivalant à 3 500 €/mois par individu du top 1 %.

5. Ce que ça veut dire en clair

La France est un pays globalement riche :
• ≈ 41–43 k€ de PIB par habitant
Source : https://www.focus-economics.com/country ... capita-eur

• ≈ 273 k€ de patrimoine net par habitant en moyenne
Sources :
https://www.banque-france.fr/fr/publica ... du-foncier

https://www.insee.fr/fr/statistiques/8574720

Mais la répartition est très inégale :
• 10 % des Français détiennent plus de la moitié des richesses,
• tandis qu’environ 15 % vivent sous le seuil de pauvreté.
Sources :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989

https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html

Pour effacer la pauvreté monétaire telle que définie par l’INSEE, il faudrait (ordre de grandeur) :
• ≈ 29 Md€ de transferts supplémentaires par an,
• soit < 1,5 % des revenus disponibles,
• ou ≈ 0,3 % du patrimoine des 10 % les plus riches chaque année.

Dit autrement :
Le pays est largement assez riche pour que plus personne ne vive sous le seuil de pauvreté — y compris les plus démunis, bénéficiaires du RSA ou sans revenu — au prix d’un appauvrissement relativement modeste, mais réel, des plus aisés.
Tout l’enjeu est politique : qui paye, comment, par quels impôts, et avec quelles conséquences sur l’investissement, l’emploi et la solidarité ?

Merci pour votre attention.

Po3m
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Re: Du confinement à la carotte...

Message non lu par Po3m » 15 nov. 2025 23:01

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Sur la confusion “travail” / “productivité” : il est important de savoir pour comprendre les enjeux.
D'être informé au plus juste.

Mettons le doigt sur une distinction fondamentale en économie :
tout travail n’est pas productif au sens de la “productivité mesurée”.

En effet :

1. La productivité = valeur ajoutée / heures travaillées.

Elle mesure la capacité d’un travail à générer de la valeur économique quantifiable (PIB).

2. Beaucoup de tâches socialement utiles ne créent presque pas de “valeur économique mesurée”.

Exemples typiques :

– nettoyage, entretien, agent de propreté
– jardinage, débroussaillage, espaces verts
– manutention simple
– aide à domicile, aide ménagère
– gardiennage
– emplois “CARSAT” ou assimilés, petits contrats sociaux
– chantiers d’insertion
– services sous-payés ou payés sous le SMIC (contrats aidés, etc.)

Ces métiers sont indispensables, mais :
– ils génèrent peu de valeur ajoutée comptable,
– leur rémunération est basse,
– ils n’améliorent pas la “productivité moyenne” du pays,
– les statistiques économiques ne captent pas leur utilité réelle.

Ces emplois ne contribuent presque pas à la productivité macroéconomique, même s’ils contribuent à faire tourner la société.
(L’économie reconnaît ce paradoxe depuis longtemps).

3. Le problème politique : on mélange “travail” et “productivité”

Quand certains politiques disent :

“Il faut activer les chômeurs pour améliorer la productivité.”

… c’est un contresens.

Le retour à l’emploi dans des secteurs à faible valeur ajoutée :
– améliore un peu le taux d’emploi,
– réduit un peu la dépense sociale,
– mais n’améliore pas la productivité,
– et peut même la faire baisser mécaniquement.

Pourquoi ?
Parce que si on ajoute des milliers d’emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés, le PIB n’augmente pas proportionnellement, donc :

productivité = PIB / emploi baisse ou stagne.

4. Le risque : faire porter la faute aux personnes plutôt qu’à la structure économique

La France a un problème structurel de productivité dû à :
– l’organisation du travail,
– l’investissement,
– l’innovation,
– la qualité de l’emploi,
– la désindustrialisation,
– les choix politiques sur les bas salaires.

Ce n’est pas le chômage qui crée un déficit public de 5 %,
ni les travailleurs pauvres,
ni les allocataires RSA.

Ce sont les choix macroéconomiques et les sources de valeur du pays.

Conclusion

Le travail n’est pas automatiquement producteur de productivité.
Une grande partie des métiers “ingrats mais essentiels” crée :
– de l’ordre social,
– du bien-être collectif,
– du service public,
– de la propreté,
– de la sécurité environnementale,

… mais pas de valeur comptable au sens du PIB.

Confondre travail et productivité, c’est :
– une erreur économique,
– une faute politique,
– et une manière de culpabiliser les plus précaires pour des problèmes structurels qui ne dépendent pas d’eux.

Ne vous trompez pas de cible. Les précaires, les oubliés, les radiés ne sont pas coupables de ce choix de société.

Il y a quelque chose de profondément malhonnête dans la manière dont certains responsables politiques parlent de “déficit” et de “productivité”. On agite ce fameux “5 % en 2026”, comme si le trou – bien réel, certes – venait de ceux qui ont le moins, ceux qui nettoient, ceux qui portent, ceux qui entretiennent, ceux qui assurent les fondations silencieuses du pays. On fait semblant de confondre travail et productivité, alors que ce sont deux réalités qui n’ont rien à voir.

Parce qu’il faut le dire clairement :
les petits boulots, les métiers ingrats, les emplois précaires, les jobs mal payés ne contribuent presque pas à la productivité.
Pas parce qu’ils seraient inutiles – au contraire, ils sont indispensables – mais parce que notre système comptable, lui, ne sait mesurer que ce qui rapporte, pas ce qui tient debout.

Un jardinier qui débroussaille les accotements, un agent d’entretien qui nettoie les gares, une aide à domicile qui s’occupe de nos parents vieillissants : tout cela, en comptabilité nationale, ça pèse des cacahuètes.
Ça ne “fait pas monter le PIB”.
Ça ne “réduit pas le déficit”.
Ça n’améliore en rien la sacro-sainte “productivité".

Et c’est sur ces métiers-là, sur ces gens-là, qu’on tape en premier lorsqu’il s’agit “d’activer”, de “responsabiliser”, de “mettre la pression”.
On invente la fiction du “travail = richesse”, alors qu’une grande partie du travail réel en France produit moins de valeur comptable que de valeur sociale. Et comme l’État ne mesure que la première, il choisit de s’en prendre à ceux qui produisent la seconde.

C’est là qu’on voit que le mensonge est structurel, ou produit de l'ignorance.

Car pendant qu’on prétend que “les chômeurs coûtent trop cher”, on ne dit pas ce que disent les économistes sérieux :
la productivité stagnante n’a rien à voir avec le chômage, mais beaucoup avec l’organisation du travail, l’investissement, l’innovation, la désindustrialisation, et la qualité de l’emploi. Mais c’est tellement plus simple de faire croire qu’un allocataire RSA met en péril la République.

Pendant ce temps, les métiers de la base – nettoyage, manutention, espaces verts, services à la personne – sont sous-payés, sous-valorisés, sous-considérés. On exige d’eux qu’ils soient là, disponibles, malléables, corvéables, mais on refuse d’avouer qu’ils ne pèsent pas dans les calculs que l’État utilise pour décider. Résultat : on nie leur existence économique, puis on les punit pour cette invisibilité.

Et lorsque ces mêmes personnes sont radiées, écrasées, humiliées, enfermées dans des sanctions absurdes, on appelle cela une politique d’efficacité.
Alors que ce n’est qu’un déplacement de charge, un tri.
Le déficit se réduit peut-être sur le papier, mais les vies, elles, se brisent.

Et ce sont ces vies cassées qui, quelques mois plus tard, reviennent frapper à la porte d’un autre budget : l’hôpital, la psychiatrie, les urgences, les maraudes, les associations qui colmatent ce qu’on a volontairement détruit.
On le sait déjà : la dignité coûte moins cher que l’humiliation.
Mais politiquement, c’est l’humiliation qui est rentable.
Symboliquement. Pas économiquement.

Parce qu’au fond, la vraie question n’est plus “comment réduire le déficit ?”, mais :
qui choisit-on de sacrifier pour faire croire qu’on réduit le déficit ?

Le pays vit sur l’invisible.
Puis il punit l’invisible.
Puis il dit : “Regardez, nous faisons des économies.”

Non.
Il déplace la douleur.
Il transforme un droit en stigmate.
Il remplace un filet de sécurité par une logique disciplinaire.

Le déficit, lui, reste intact.
La productivité n’augmente pas.
Et la société se dégrade.

Le mensonge politique est très simple :
on fait comme si la valeur comptable était la seule valeur existante, alors que tout ce qui fait tenir un pays — tout ce qu’on appelle encore fragilité, soin, nettoyage, présence, solidarité — n’entre pas dans cette équation.
Et comme cela ne se compte pas, on croit que cela ne coûte rien.
Et comme cela ne coûte rien, on croit que cela ne vaut rien.
Et comme cela ne vaut rien, on se permet de punir ceux qui le font,
de sanctionner et radier ceux qui l'on considère comme "de mauvaise volonté",
ou de "mauvais bénéficiaires" (RSA), faute d'un accompagnement juste et adapté au projet de chacun.

Alors oui, il est temps de le dire clairement :
la France ne manque pas de travail. Elle manque de reconnaissance.
Elle manque de courage politique.
Elle manque de vérité sur ce qu’est vraiment la productivité, et sur ce qu’elle n’est pas.

Et surtout, elle manque d’humanité.
Parce que réduire le déficit en brisant des vies, ce n’est pas une politique économique.
C’est un choix de société.

Po3m
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Re: Du confinement à la carotte...

Message non lu par Po3m » 18 nov. 2025 03:29

Pourquoi accompagner réellement les porteurs de projets changerait l’économie et revaloriserait enfin les petits boulots

On demande toujours plus à ceux qui ont le moins.
On multiplie les rendez-vous, les obligations, les radiations, les contrôles…
et ensuite on explique que si rien ne bouge, c’est leur faute.

Le problème n’a jamais été la motivation individuelle.
Le problème est un système d’insertion bâti pour surveiller, pas pour faire réussir.
Ce n’est pas une critique directe des accompagnants - beaucoup font de leur mieux - mais une critique de la mécanique institutionnelle qui produit de la contrainte via la menace de sanction/radiation plutôt que de la valeur.

Pourtant, paradoxalement, c’est précisément dans cette population précarisée que se trouve l’un des plus grands leviers de création de valeur du pays.
Non pas chez les grands investisseurs, mais chez ces millions de personnes qu’on empêche d’avancer.

1. Une réserve de 7,5 millions de personnes sous-utilisées

En rassemblant les données publiques :
• 3,58 millions de personnes vivent dans un foyer au RSA
• plus d’1,5 million sont travailleurs pauvres
• 4,3 millions gagnent des revenus très faibles
• 2,2 millions sont chômeurs au sens du BIT

Ces catégories se recoupent. Une estimation raisonnable place entre 7 et 8 millions le nombre de personnes sous-utilisées économiquement.

Leur utilité sociale est immense.
Leur utilité économique — telle que mesurée par le PIB — est faible uniquement parce qu’on les cantonne à des emplois très bas salaires ou au non-emploi.

2. Pourquoi les porteurs de projets échouent aujourd’hui

Les parcours RSA → création d’activité ou Chômage → autoentrepreneuriat existent, mais ils sont minés par :
• risques de radiation
• perte brutale de droits
• absence de stabilisation durant la création
• contrôles permanents
• injonctions contradictoires

Bref : les projets meurent avant même de commencer.

Pourtant, les taux de réussite réels sont connus :
• 30 % de réussite dans les accompagnements légers
• 40 % dans les accompagnements complets
• jusqu’à 60 % dans les programmes non punitifs, stables et continus

Les gens ne manquent pas de volonté.
Ils manquent de conditions.

3. Le potentiel entrepreneurial : modeste mais réel

Les données GEM et OCDE montrent que 4–5 % des adultes entreprennent dans la population générale.

Dans une population précarisée, le potentiel est plus faible, mais il reste solide :
• 1 % (hypothèse basse)
• 2 % (hypothèse modérée)
• 3 % (hypothèse ambitieuse)

Cela représente :
• 75 000 porteurs de projets (1 %)
• 150 000 (2 %)
• 225 000 (3 %)

RSA ou chômeur ne signifie pas “incapable”.
Il y a des créatifs, artisans, techniciens, développeurs, artistes, réparateurs, autodidactes…
souvent mieux formés que le préjugé ne le laisse croire.

4. Les secteurs qui créent réellement de la valeur

Données INSEE, ADIE, CAE, CAPE :
• services à la personne : 12 à 18 000 € de CA
• artisanat léger : 20 à 35 000 €
• numérique : 20 à 40 000 €
• commerce micro-local : 15 à 30 000 €
• activités créatives : 8 à 20 000 €
• transport / petits services : 20 à 30 000 €

La valeur ajoutée moyenne (VA) tourne autour de 45 %.

Un porteur de projet qui réussit produit donc environ :
9 000 € de valeur ajoutée par an.

Attention : cette valeur ajoutée n’est PAS du chiffre d’affaires.
La VA est ce qui reste après les achats externes :
• revenu de l’entrepreneur
• cotisations
• impôts
• consommation locale
• sous-traitance
• services d’autres petites entreprises

Donc oui, même après que l’entrepreneur se rémunère, il reste bel et bien une part importante qui circule.

5. Projections de valeur ajoutée créée

Hypothèse 1 % (75 000 porteurs)
• 30 % de réussite : 202 M€
• 40 % : 270 M€
• 60 % : 405 M€

Hypothèse 2 % (150 000 porteurs)
• 30 % : 405 M€
• 40 % : 540 M€
• 60 % : 810 M€

Hypothèse 3 % (225 000 porteurs)
• 30 % : 607 M€
• 40 % : 810 M€
• 60 % : 1,215 Md€

La France peut générer chaque année :
entre 400 millions et 1,2 milliard d’euros de valeur ajoutée nouvelle.

6. Comment cette valeur revient aux petits salaires

Voici l’erreur classique :
“400 M€ à 1,2 Md€ de valeur ajoutée = argent pour l’État”.

Non.
C’est de la richesse créée dans l’économie réelle.

Et même après que les entrepreneurs vivent de leur activité, cette valeur circule ainsi :

1) Recettes publiques (40 à 50 % de la VA)
• sur 400 M€ → 150 à 180 M€
• sur 1,2 Md€ → 450 à 550 M€

Cet argent sert à :
• rehausser la prime d’activité
• financer des compléments de salaires
• soutenir les petites entreprises employeuses
• renforcer les secteurs essentiels sous-payés

2) Effet direct dans les petites entreprises
La demande locale augmente → plus d’heures disponibles.

Exemples réalistes :
• +8 heures/semaine = +373 € / mois
• +4 heures/semaine = +187 € / mois
• primes ponctuelles : +50 à +120 €
• régularisation des temps partiels : +200 à +350 €

3) Effet social (prime d’activité revalorisée)
Un salarié au SMIC peut gagner :
• +80 à +150 € de prime d’activité
• +40 à +70 € d’aides régionales
• +50 à +100 € de compléments employeurs

Total cumulable
Selon les secteurs et le temps travaillé, un salarié précaire peut gagner :
entre +280 € et +650 € par mois.

Ce n’est plus symbolique.
C’est une vraie revalorisation des bas salaires.

7. Le ruissellement local : du bas vers le bas

Le ruissellement “d’en haut” ne ruisselle jamais.
Le ruissellement local, horizontal, lui, fonctionne réellement.

Une activité qui tourne consomme :
• ménage
• aide à domicile
• transport
• petites réparations
• commerces de proximité
• espaces verts
• services administratifs
• micro-prestations diverses

Les travailleurs précaires sont les premiers bénéficiaires de cette valeur.

8. Le cercle vertueux complet

• accompagnement sans sanction
• stabilisation des porteurs de projets
• hausse massive de la réussite
• création de 400 M€ à 1,2 Md€ de VA
• solvabilité accrue des petites entreprises
• hausse des heures disponibles
• primes internes et régionales
• prime d’activité renforcée
• salaires précaires revalorisés
• territoires revitalisés
• sorties du RSA par réussite, pas par radiation

Conclusion

On n’améliore pas l’économie en humiliant les plus fragiles.
On l’améliore en leur permettant de créer un peu de richesse, chacun selon ses capacités.

Ce ruissellement-là fonctionne :
horizontal, local, du bas vers le bas.

Et le but n’est pas d’opposer les précaires entre eux.
Ceux qui entreprennent ne sont pas en concurrence avec ceux qui veulent simplement un emploi salarié.
Les deux approches sont légitimes et nécessaires.

L’objectif est clair :
permettre aux porteurs de projets de créer la valeur qui manque aujourd’hui pour revaloriser durablement les métiers essentiels mais sous-payés.
Cette valeur nouvelle permet de solvabiliser les petites entreprises, de compléter les salaires, de rehausser la prime d’activité et de redonner de la dignité financière aux travailleurs.

Autrement dit :
en aidant ceux qui peuvent créer, on améliore la vie de ceux qui veulent simplement travailler.

La France ne manque pas de motivation.
Elle manque de soutien, de vision et de courage politique.

Po3m
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Re: Du confinement à la carotte...

Message non lu par Po3m » 01 déc. 2025 23:39

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"Anne Rubinstein, déléguée interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté"

Bien, cette dame contribue à me flinguer le moral ! Sur le coup...
Mais je pense qu'elle agit pour la bonne cause.

S'en sortir c'est agir pour soi, pour un mieux être et vivre ensemble.
Ce n'est pas prendre pour argent comptant ce qui se dit. Ne pas se laisser dicter notre conduite, être autonome c'est aussi savoir dire Non, mais quand on fait face à un dispositif qui refuse d'entendre, l'on se dit que ce dispositif est "systémo-rigide". Je le répète, un dispositif qui a 20 ans de retard, ça ne plait pas mais c'est vrai. Les personnes qui ont radié mes droits par excès de zèle sont de celles qui organisent de l'incompétence.

Oui, l'incompétence organisée, un concept connu.
Je vous renvoie sur les organisations productrices d'incompétence :

https://shs.hal.science/halshs-00645135 ... e_agrh.pdf

Bon j'arrête là, étant énervé je n'écrirai rien de constructif ce soir.

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