Bonjour,
Je ne veux pas avoir l'air de donner des leçons mais je parle d'expérience.
Quand vous constituez un groupe (ou des groupes) de bénéficiaires RSA périodiquement pour les positionner sur prestation de coaching ou assimilé via vos partenaires financés par les conseils départementaux ou CAF, ça ou autre car le principe s'applique à tout d'un point de vue social : ce qui est mauvais dans un groupe est l'homogénéité typique ou sociale du dit groupe, c'est à dire globalement prendre des gens qui ont "à vos yeux" ou selon les critères administratifs : les mêmes caractéristiques. Par exemple, constituer un groupe de personnes "durablement au RSA", globalement éloignées du monde de l'emploi, et où des gens qui ont été poussés (pour un prétexte ou un autre) en fond de tiroir (parfois même tout simplement abandonnés à leur sort), bref : au parcours difficile.
C'est la pire chose à faire et ça ne peut que vous conforter dans des biais de confirmation à propos d'un public marginalisé.
Ce que je vous livre vient directement de mes connaissances rattachées au milieu médical.
Ce serait comme vouloir (vous verrez, l'amalgame n'est pas gratuit) : grouper les gens par nature pathologique, les addicts entre eux, les bipolaires entre eux, les dépressifs type burn-out entre eux, les schizophrènes et j'en passe. Un service psy ne procède pas du tout comme ça, l'une des premières raisons invoquées est qu'en société personne n'est parfait et que "tout le monde est comme il est" avec ses maux et j'en passe. Tout le monde correspond à un tableau clinique en soi, tout le monde possède "des traits" à tendance pathologique, plus ou moins. Et qu'en soit procéder par discrimination dans le milieu du soin est considéré comme néfaste. La société c'est "le vivre ensemble", car sinon si on pousse vraiment loin le bouchon : ça s'appelle du fascisme. Bien.
Alors, je titre pour les référents RSA mais en réalité je m'adresse à tout le milieu dit de l'insertion, jusqu'à France Travail.
Pourquoi parlè-je du milieu de la santé ?
Parce que globalement les professionnels de la santé exercent (même si tout milieu est critiquable bien sûr ne serait ce que parce qu'articulée par des hommes et des femmes avec les travers inérents à la nature humaine) - exercent avec déontologie et au mieux dotés d'une réelle éthique de conduite. Le respect des droits du patient et le respect du patient lui même est globalement très bien respecté. Ce qui n'est pas le cas dans le milieu du social et en particulier le secteur de l'insertion.
Toutes les erreurs se répètent depuis déjà plusieurs décennies et ça entretien un regard négatif envers une population marginalisée et maltraitée. Hors le social aurait beaucoup à apprendre du milieu dit de la santé.
Comment ? Vous avez des réunions avec "des partenaires santé" ? Ah mais je sais tout ça, je suis un peu au courant de la politique dit de la santé entre partenaires sociaux et le secteur santé en partie subventionné par nos régions. Mais je suis aussi "un peu" au courant de pratiques abusives de la part d'acteurs de l'insertion qui jouent la carte de l'insécurité et invoquent de mauvaises raisons afin de pousser quelqu'un vers le soin, et les psychiatres eux-mêmes le savent puisque si l'enjeu d'un côté et d'apporter du soin et du mieux être au sein d'une population conspuée et souffrante (cercle vicieux car population méprisée dans le milieu de l'insertion, stigmatisée, sanctionnée, radiée...) pour ces personnes l'une des seules façons de retrouver le chemin dit de l'insertion est de "tout perdre" jusqu'à leur logement : passeront par les milieux associatifs mais seront bien souvent "protégées" par le milieu de l'hopital, peuvent se retrouver éventuellement sous tutelle, puis le ou la juge des tutelles "oblige administrativement" (si la personne n'est pas au AAH) le conseil départemental (responsable de la privation des droits de la personnes et à l'origine de la perte de son logement et j'en passe) à reverser le RSA (par exemple). Le terme est "psychiatriser la pauvreté", surtout les hommes pauvres (forcément perçus comme "potentiellement à risques") houlala attention il va me sauter dessus...
Que disais-je ? Ah oui, les groupes hétéroclites, c'est le mieux.
Vos groupes, mettez-y des gens tout proches de l'emploi s'il est question d'emploi car vous avez aussi des porteurs de projets qui touchent à la création d'activité. Mais principalement, à éviter de constituer des groupes uniquement faits de bénéficiaires "mal perçus" et je précise, s'ils sont considérés comme "difficiles", à force d'invoquer de mauvaises raisons qui peut avoir à justifier le mauvais traitement administratif à leur encontre, ça s'appelle juste de la maltraitance et ça entretien une perception erronée à leur encontre. C'est un cercle vicieux, il est bien évidemment qu'ils savent et sentent très bien le malaise, qu'ils ne seront pas très enclin à venir partager un sourire et venir à un entretien pour eux signifie "venir pour y souffrir", car toujours le même regard sur eux et souvent des questions ou propos très déplacés, irrespectueux, rabaissants, les assimilants à ce qu'ils ne sont pas.
Au contraire, mélanger les dossiers, les gens, constituer des groupes aux profils réellement divers et ne se ressemblant pas, c'est ce qu'il y a de plus enrichissant, et pour vous, et pour les personnes concernées. Cela tire tout le monde vers le haut, réellement. Et ne me dites pas que c'est compliqué, difficile, inapplicable. Ce n'est pas vrai. Donc faites un peu plus preuve de meilleure volonté et cessez de vous comportez comme si vous êtiez constamment en danger ou confrontés à une population dites "à risques", c'est ridicule. Même dans le milieu dit de la santé, ils n'en font pas autant des caisses comme vous (lors d'entretiens, suis je bien du côté de la porte au cas où j'ai besoin de sortir rapidement de la pièce ?) c'est grottesque : ce qui est dangereux, c'est la politique répressive dite de la sanction/radiation envers les plus démunis qui ne sont ni profiteurs/assistés, ni fraudeurs, et ce qui les rend malades est l'acharnement entretenu à leur encontre parfois depuis plusieurs décennies, ce qui relève souvent de dysfonctionnements administratifs, ou appelez ça des démissions ciblées.
Aux personnes qui pourraient se sentir concernées : ce n'est pas votre faute personnelle, c'est structurel et systémique. Ce sont les mentalités à devoir changer profondément mais pas uniquement, ce sont de mauvaises politiques à dynamiter, pour votre bien et celui de tous les bénéficiaires. Ces pratiques là doivent tomber. Vous ne devez plus avoir à endosser cette responsabilité qui je n'en doute pas, peut avoir à vous bouffer de l'intérieur, et c'est normal : c'est humain. A un moment, il va bien falloir que vous interrogiez ces politiques indignes et donc, que vos employeurs et nos élus aient une réelle prise de conscience face à des pratiques qui ne font qu'ajouter du mal au mal, s'en prenant à des gens traités comme souffres-douleur, boucs émissaires d'un secteur dit de l'insertion qui fait rentrer des gens dans des cases devenues obsolètes au sein d'une société en profonde multation.
Vous avez 30 ans de retard sur ce que devient la société. Je le sais, je l'ai vu. Je suis le premier témoin sur la manière dont j'ai été (mal)traité.
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