Bonjour à tous,
Je cherche à échanger avec des éducateurs ayant eu à un moment donnée un sentiment d’illégitimité vis à vis de l’exercice de la profession.
Je m’explique,
J’ai très tôt su que je voulais travailler dans le social. Ayant une famille d’éducateurs et d’animateurs, j’ai vite baigné la dedans.
A l’adolescence, j’ai rencontré ma copine avec qui nous sommes restés ensemble du collège jusqu’à notre premier poste en tant qu’éducateur. Parce que oui, elle est également éducatrice spécialisé et nous avons fait les mêmes études de la 4ème à l’obtention du diplôme.
Le fait est que j’ai beaucoup était porté par cette personne, et que notre rencontre c’est fait dans un moment de ma vie où le fait que nous soyons animés par les mêmes souhaits professionnels, m’a donné la force de faire des études et de m’orienter vers le métier d’éducateur spécialisé. Je ne peux pas savoir si j’aurai eu le même cursus sans cette rencontre mais j’en doute.
Et aujourd’hui, je me rends compte que je ne me suis jamais attribué le mérite de ces années de formations et ensuite, de mon premier et unique poste en tant qu’éducateur spécialisé (pendant 3 ans auprès d’adolescents en situation de surpoids / obésité). Et pourtant, objectivement, le mérite me reviens bien. Elle a peut être impulsée quelque chose à un instant T mais c’est bien moi qui ai fait le choix de m’inscrire dans la formation d’ES, c’est bien moi qui ai fait tous ses dossiers pour l’obtention du diplôme et enfin, c’est bien moi qui ai fait le choix d’exercer ce métier pendant 3 ans.
Malgré cela, je garde un sentiment d’illégitimité vis à vis de la profession. De fait, la confiance que j’ai en moi en a pris un sacré coup.
J’ai arrêté ce travail d’éducateur au bout de 3 ans suite à un burn out. J’étais dans une période de ma vie où il m’était très complexe de ne pas me laisser envahir par mes émotions et par ce qui pouvait ce passer dans ma vie personnelle (séparation du couple, découverte du cannabis, nouvelle relation amoureuse plutôt toxique). Cela a était très brutal pour moi de me rendre compte que là, je devais d’abord prends soins de moi avant de vouloir prendre soins des autres.
Donc, j’ai fini par faire de l’intérim en usine. Par chance, mon bagage m’a permis d’obtenir des postes intéressant mais je n’ai jamais retrouvé cette dimension humaine et sociale qui me manque. Et si, l’idée d’avoir un travail alimentaire me convenait pendant quelques temps, je me rends aujourd’hui compte que je ne veux pas passer ma vie à faire des boulots dans lequel je ne suis pas épanoui.
Ceci étant dit, je le sent que j’ai pris un sacré coup depuis cet arrêt maladie. J’ai fait une petite période de stage en ESAT il y a quelques mois, justement pour prendre la température et voir si le métier m’animait toujours autant. Et oui, ce fut bien le cas. Les travailleurs autant que les collègues étaient satisfait de moi et de mon professionnalisme. Ce qui est rassurant déjà, je ne suis alors pas défaillant dans la pratique et c’est ce qui me semble primordiale dans l’idée de retourner dans la profession.
A priori pas défaillant et pourtant, une grande difficulté à prendre confiance en moi, à accepter aussi que les choses ne se font pas en un jour et que créer une relation éducative peux prendre du temps et que c’est normal. Alors, après ce stage, l’ESAT m’a pris sur une période d’intérim, à laquelle j’ai très vite mis fin. Je me sentais mal à tel ou tel moment de ne pas avoir, par exemple, osé dire à un travailleur, qu’il n’assemblait pas correctement les deux pièces, et du coup à discrètement assembler à nouveau la pièce, plutôt que de refaire la manipulation avec lui pour lui permettre d’évoluer.
Aujourd’hui, j’ai un vrais ras le bol de faire un travail alimentaire et de ne pas donner plus de sens que ça aux postes que j’exerce (chef d’équipe en logistique, agent administratif, contrôleur en usine). Je suis aussi très inquiet de ne pas réussir à un jour avoir un métier dans lequel je suis épanoui. A mon sens, celui d’éducateur mais alors, c’est en comptant sur le fait que je me sente légitime dans la fonction et en arrêtant de me juger aussi durement.
Ayant une famille dans le social, j’ai la chance d’avoir deux opportunités de stage d’une semaine chacun pendant le mois de Septembre. Un stage avec une médiatrice culturelle dans une maison de quartier et également en partie, dans une association accompagnant les sans domicile fixe. Et, un stage avec des éducateurs de rue (ce qui était mon idée première en faisant le choix d’être éducateur). Je verrais bien ce qu’il en est à ce moment là.
Peut être que cela parle à certains d’entre vous et serait ok d’en échanger ?
Merci à vous pour votre lecture
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Éducateur spécialisé et légitimité
-
Martinsaussereau
- Messages : 1
- Inscription : 29 août 2025 11:37
Re: Éducateur spécialisé et légitimité
bonjour,
je ne viens pas souvent sur le forum et je découvre ce post aujourd'hui.
Cela peut être difficile de se sentir légitime, souvent par manque de connaissances; Un peu d'analyse des pratiques à mon actif et je remarque que les éducateurs sont souvent emportés par leurs émotions. On dit " il faut prendre de la distance " Mais Comment ? A mon avis c'est là que les connaissances théoriques interviennent. Le problème c'est que dans le social les théories proposées ne sont souvent pas ou peu utiles pour alimenter un savoir faire.
Le rapport parlementaire de Brigitte Bourguignon qui date de 2014 est très intéressant à ce sujet. On y lit les maladresses et les manques de savoir faire des éducateurs. Le rapport préconise des heures de formation en psychologie sociale. C'est ce manque que je constate régulièrement chez les éducateurs. Et un manque de capacité d'écoute ( ça va ensemble), un manque d'empathie. Oui comme vous le dites, il faut du temps pour construire une relation mais ça n'engage pas à penser pour l'autre. Effectivement ce n'est pas simple.
Bonne continuation et si vous voulez qu'on échange un peu, c'est possible.
Gina
je ne viens pas souvent sur le forum et je découvre ce post aujourd'hui.
Cela peut être difficile de se sentir légitime, souvent par manque de connaissances; Un peu d'analyse des pratiques à mon actif et je remarque que les éducateurs sont souvent emportés par leurs émotions. On dit " il faut prendre de la distance " Mais Comment ? A mon avis c'est là que les connaissances théoriques interviennent. Le problème c'est que dans le social les théories proposées ne sont souvent pas ou peu utiles pour alimenter un savoir faire.
Le rapport parlementaire de Brigitte Bourguignon qui date de 2014 est très intéressant à ce sujet. On y lit les maladresses et les manques de savoir faire des éducateurs. Le rapport préconise des heures de formation en psychologie sociale. C'est ce manque que je constate régulièrement chez les éducateurs. Et un manque de capacité d'écoute ( ça va ensemble), un manque d'empathie. Oui comme vous le dites, il faut du temps pour construire une relation mais ça n'engage pas à penser pour l'autre. Effectivement ce n'est pas simple.
Bonne continuation et si vous voulez qu'on échange un peu, c'est possible.
Gina
Re: Éducateur spécialisé et légitimité
Bonjour Martin,
ce que tu décris est très fréquent dans les métiers du social et ne traduit pas un manque de compétence, mais plutôt une exigence élevée envers toi-même, renforcée par ton histoire personnelle et le burn-out que tu as traversé.
Être porté à un moment par quelqu’un n’enlève rien à ton mérite : les choix, la formation, le diplôme et l’exercice professionnel, c’est toi qui les as assumés. Ton expérience en ESAT montre d’ailleurs que la pratique est là ; ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est surtout la confiance et l’autorisation de prendre le temps, d’ajuster, de ne pas être « parfait » immédiatement.
Le sentiment d’illégitimité ne disparaît pas avant d’agir, il se reconstruit souvent dans des cadres suffisamment contenants. Le malaise que tu ressens dans les emplois alimentaires parle davantage de ton besoin de sens que d’une incapacité à être éducateur. Les stages que tu envisages sont une bonne manière de vérifier dans quels contextes tu peux te sentir à ta place, sans te juger aussi durement.
Et je rejoins le commentaire précédent, les éducateurs spécialisés sont spécialisés dans la création du lien de confiance et bien souvent, ce sont les les cordonniers qui sont les plus mal chaussés ; autrement dit, les éducateurs choisissent ce métier car ils ont manqué de confiance à un moment donné de leur vie (c'est caricatural mais tu comprends l'idée). C'est comme un psychologue qui aurait lui-même besoin de travailler sur lui-même.
Le domaine de l'éducation spécialisée est idéaliste : il a la particularité de concilier l'essence de la personne que l'on est (ou plutôt ce que l'on souhaiterait être bien souvent, car tout le monde se construit d'abord) avec le sens de notre pratique pour autrui. Forcément qu'un paradoxe ou une ambiguïté se créer en nous, renvoyant soit à nos propres failles, soit aux failles de l'Autre.
J'ose espérer que nombreux professionnels se sont questionnés sur leur légitimité (c'est ce qu'on apprend dans la communication d'equipe, lors de réunions par exemple). Le saboteur qui est en nous fait souvent partie de notre intelligence émotionnelle, cette même capacité que l'on met au service des autres (je t'invite à lire dessus, dont Daniel Goleman). Il faut alors la muscler : si elle te dit "je suis illégitime", prends-en conscience et vois le côté alternatif "je suis légitime". La vérité se trouve peut-être entre les deux : "je vais essayer de me sentir légitime car on sait deja reconnaître ma valeur professionnelle"...
Le fait de te dire que tu as le droit d'essayer et surtout, de te ramasser et de persévérer, fait toute la différence entre le professionnel illégitime qui est bien plus légitime que "celui qui sait", imbu par un excès de confiance qui le pousserait à ne pas saisir les nuances du métier.
Autorise toi le temps et l'expérience viendra confirmer ta légitimité. Le fond n'est pas d'obtenir la légitimité des autres, mais par toi-même. Aussi, ne soit pas trop dur avec toi-même, soit bienveillant et indulgent, tout comme auprès des personnes que tu accompagnes.
ce que tu décris est très fréquent dans les métiers du social et ne traduit pas un manque de compétence, mais plutôt une exigence élevée envers toi-même, renforcée par ton histoire personnelle et le burn-out que tu as traversé.
Être porté à un moment par quelqu’un n’enlève rien à ton mérite : les choix, la formation, le diplôme et l’exercice professionnel, c’est toi qui les as assumés. Ton expérience en ESAT montre d’ailleurs que la pratique est là ; ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est surtout la confiance et l’autorisation de prendre le temps, d’ajuster, de ne pas être « parfait » immédiatement.
Le sentiment d’illégitimité ne disparaît pas avant d’agir, il se reconstruit souvent dans des cadres suffisamment contenants. Le malaise que tu ressens dans les emplois alimentaires parle davantage de ton besoin de sens que d’une incapacité à être éducateur. Les stages que tu envisages sont une bonne manière de vérifier dans quels contextes tu peux te sentir à ta place, sans te juger aussi durement.
Et je rejoins le commentaire précédent, les éducateurs spécialisés sont spécialisés dans la création du lien de confiance et bien souvent, ce sont les les cordonniers qui sont les plus mal chaussés ; autrement dit, les éducateurs choisissent ce métier car ils ont manqué de confiance à un moment donné de leur vie (c'est caricatural mais tu comprends l'idée). C'est comme un psychologue qui aurait lui-même besoin de travailler sur lui-même.
Le domaine de l'éducation spécialisée est idéaliste : il a la particularité de concilier l'essence de la personne que l'on est (ou plutôt ce que l'on souhaiterait être bien souvent, car tout le monde se construit d'abord) avec le sens de notre pratique pour autrui. Forcément qu'un paradoxe ou une ambiguïté se créer en nous, renvoyant soit à nos propres failles, soit aux failles de l'Autre.
J'ose espérer que nombreux professionnels se sont questionnés sur leur légitimité (c'est ce qu'on apprend dans la communication d'equipe, lors de réunions par exemple). Le saboteur qui est en nous fait souvent partie de notre intelligence émotionnelle, cette même capacité que l'on met au service des autres (je t'invite à lire dessus, dont Daniel Goleman). Il faut alors la muscler : si elle te dit "je suis illégitime", prends-en conscience et vois le côté alternatif "je suis légitime". La vérité se trouve peut-être entre les deux : "je vais essayer de me sentir légitime car on sait deja reconnaître ma valeur professionnelle"...
Le fait de te dire que tu as le droit d'essayer et surtout, de te ramasser et de persévérer, fait toute la différence entre le professionnel illégitime qui est bien plus légitime que "celui qui sait", imbu par un excès de confiance qui le pousserait à ne pas saisir les nuances du métier.
Autorise toi le temps et l'expérience viendra confirmer ta légitimité. Le fond n'est pas d'obtenir la légitimité des autres, mais par toi-même. Aussi, ne soit pas trop dur avec toi-même, soit bienveillant et indulgent, tout comme auprès des personnes que tu accompagnes.
Dernière modification par Idealiste le 12 janv. 2026 00:04, modifié 2 fois.