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SOLIDARITES

Le paradoxe de la Sécurité sociale : et si, pour faire des économies, il fallait l’étendre ?

Malgré leur diversité, les économistes de la santé s’accordent pour regretter l’organisation actuelle du financement des soins. Au cœur de la critique se trouve l’idiosyncrasie hexagonale : le financement par deux acteurs distincts du même panier de soins. Par exemple, la consultation chez le médecin généraliste donne lieu à un remboursement à hauteur de 70 % par la Sécurité sociale et de 30 % par la complémentaire santé (au tarif opposable).

Cette architecture est coûteuse et inégalitaire. En comparaison internationale, la France consacre une plus grande part de ses dépenses de santé aux coûts de gouvernance du système (Graphique 1). Ces derniers représentent 5 % du total des dépenses contre 4,3 % en Allemagne, 1,8 % au Royaume-Uni et 1,7 % en Italie. Seuls les États-Unis et la Suisse font moins bien. La raison principale de cette situation est la place occupée par les complémentaires santé. Alors que celles-ci sont responsables de la moitié des coûts de gouvernance, elles ne prennent en charge que 12,1 % des dépenses de santé.

Entre l’État et le monde associatif, une alliance brisée

Les associations battront le pavé lors d’une manifestation inédite, le 11 octobre 2025, pour défendre le fait associatif lui-même, et non une cause particulière. Cette mobilisation témoigne d’une crise profonde touchant à leur modèle économique mais aussi à la liberté associative, face à un État plus répressif. Elle en dit long sur la crise de l’État social comme sur l’état des libertés publiques en France. Comme si le tournant néolibéral des politiques publiques des années 1980 avait fini de saper l’alliance nouée après-guerre entre l’État et le monde associatif. Avec quelles conséquences ?

Personnes âgées : une solidarité familiale trop souvent passée sous silence

Les réticences face à l’adoption d’une loi sur l’accompagnement de la fin de vie réactivent un certain nombre de représentations négatives sur les familles et leur supposé égoïsme. Certaines d’entre elles seraient susceptibles d’encourager, par intérêt, leur parent âgé à recourir à cette aide à mourir – soit pour recevoir un héritage, soit pour ne plus payer l’Ehpad. Quant aux personnes vulnérables concernées, elles seraient davantage susceptibles de la solliciter lorsque le sentiment d’abandon par leurs proches et d’isolement relationnel serait le plus aigu.

Lors de la crise sanitaire du Covid-19 ou de la canicule de l’été 2003, l’opprobre avait déjà été jeté sur les familles soupçonnées de délaisser leurs proches, tant en institution qu’à domicile.

Sans nier la réalité d’un sentiment d’isolement chez certains, il semble nécessaire d’éclairer la réalité de ces solidarités familiales intergénérationnelles. Et surtout de comprendre comment des représentations négatives, construites au cours des deux derniers siècles, se sont renforcées depuis les années 2000.

Comment encourager la « désistance », ou processus de sortie de la délinquance ?

La « loi pour sortir la France du piège du narcotrafic » est essentiellement constituée de mesures répressives inspirées de la lutte contre le terrorisme : création d’un service de police « chef de file » contre la criminalité organisée ; d’un parquet national anticriminalité ; augmentation de la surveillance et des saisie pour les biens acquis illégalement ; secret sur les techniques d’enquête… En revanche, les mesures pour favoriser la sortie de la criminalité ne sont envisagées qu’à la marge. Or, les études sur le processus de « désistance » (processus d’abandon du mode de vie criminel) s’inscrivent à rebours de la stratégie politique choisie par le gouvernement. Ces travaux soulignent qu’il est nécessaire de trouver des passerelles pour compenser la perte financière, le statut, mais aussi la « marque pénale » associées à l’activité criminelle en vue d’une réinsertion durable.

Dans le cadre de ma recherche en région parisienne, de 2014 à 2018, j’ai enquêté auprès de 33 personnes ayant abandonné la criminalité. Ces personnes, anciennement impliquées dans la délinquance de rue (vol, violence, consommation et vente de substances addictives illégales…) m’ont permis d’étudier les changements de mode de vie dans leurs parcours.

Face à la précarité étudiante, les filets de sécurité s’effilochent

Au lendemain des confinements, la problématique de la précarité étudiante a été mise sur le devant de la scène médiatique. Les images d’étudiants patientant masqués devant les distributions alimentaires ont elles-mêmes nourri la presse pendant plusieurs mois. Mais qu’en est-il quatre ans après ? Les files d’attente se sont-elles dispersées ?

Malheureusement non, puisque dans le contexte d’inflation, et comme a pu l’alerter l’association Cop1 dans son dernier baromètre de la précarité étudiante, la dépendance aux aides alimentaires d’une partie des étudiants n’a cessé de croître.

Si la question de la précarité étudiante est déjà très bien renseignée dans la littérature scientifique, autant à des niveaux nationaux que locaux (en particulier en région parisienne), quelques données sur l’évolution des conditions étudiantes méritent encore d’être exposées. Une lecture sociologique s’avère particulièrement utile pour saisir les liens entre la dégradation des conditions de vie et la reconfiguration des régimes de protection sur lesquels les étudiants peuvent compter.

En 2003, dans une contribution portant sur l’insécurité sociale, le sociologue Robert Castel affirmait déjà que la condition à la protection est de disposer de droits et de ressources minimums pour être indépendant, faire face aux principales menaces sociales et se projeter sereinement dans l’avenir. C’est précisément sur ces paramètres de la vie étudiante, et à partir des résultats d’une enquête menée à l’Université d’Angers, démarrée en 2008, répétée en 2011 et réactualisée en 2022, que notre analyse entend apporter quelques éclairages sur la progression de la précarité étudiante.

Châtiments corporels à l’école : depuis quand sont-ils interdits ?

Qu’on puisse avoir recours à des gestes violents dans un cadre éducatif choque aujourd’hui profondément l’opinion publique, à raison. Pourtant, l’interdiction de frapper des enfants est le fruit d’une longue histoire. Si les châtiments corporels ont été abolis en 1803 dans les écoles, ils ont perduré jusque dans les années 1970-1980. Et c’est la loi de 2019 seulement qui a banni la fessée et autres violences éducatives ordinaires dans les familles.

Comment expliquer de telles résistances ? Comment les arguments qui ont travaillé à dissocier sanction et violence ont-ils fait leur chemin ?

Le Social est édité par la société Social Connexion. Son équipe propose des services en ligne depuis plus de 25 ans dans le domaine du secteur social et du médico-social.